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Les lettres et discours politiques essentiels du Libertador : la porte d'entrée désormais classique dans l'univers de Simon Bolivar et dans la pensée politique contemporaine en Amérique latine. Traduit et présenté par Laurent Tranier.

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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 15:00

Une inflation qui dépassera 30% en 2018 ; un peso, la monnaie nationale, qui a perdu 50% de sa valeur depuis le début de l'année ; des taux d'intérêt à 60% ; un taux de pauvreté qui remonte à 33% de la population (+3% en quelques mois) ; une aide sollicitée auprès du FMI, honni par la population depuis la crise du début des années 2000 dont la dureté lui est imputée… La situation de l'économie Argentine est préoccupante. Rien à voir pour autant avec le terrible effondrement et le drame humanitaire vécus par le Venezuela où la situation est totalement hors de contrôle. L'Argentine, face à l'adversité, joue la carte de la rationalité et de la transparence : de l'austérité devrait naître une situation économique assainie.

Le poids de l'héritage Kirchner

Les années de présidence de Nestor (2003-2007) et Cristina Kirchner (2007-2015) ont été marquées par la rupture avec les marchés financiers internationaux, l'instauration d'un taux de change fixe et l'utilisation de la rente apportée par l'exportation des matières premières agricoles et des richesses du sous-sol pour une redistribution clientéliste. Moyennant une explosion de la dépense publique, le repli de l'économie sur le secteur primaire et la dégradation de la compétitivité du secteur secondaire (sous-investissement dans l'appareil productif et taux de change surévalué), le taux de pauvreté a été réduit selon un schéma qui n'était pas soutenable dans la durée (indépendamment du système de détournement massif de fonds publics et de corruption qui est aujourd'hui rattrapé par la Justice).

Le nouveau contexte Macri

Porté à la présidence de la République en décembre 2015, l'homme d'affaires et opposant au "kirchnérisme" Mauricio Macri décide une rupture avec la pratique antérieure afin d'éviter à l'Argentine de se retrouver une nouvelle fois dans l'impasse économique, après notamment son spectaculaire défaut de paiement de 2001. Remboursement des créanciers internationaux afin de réintégrer le jeu des marchés financiers et de bénéficier d'investissements extérieurs dans un appareil productif obsolète ; rétablissement des statistiques économiques afin d'inspirer de nouveau la confiance ; fin de la parité fixe imposée au peso face au dollar afin de redonner de la compétitivité-prix à l'export aux produits argentins ; réduction accélérée du déficit public à travers le report d'investissements dans les infrastructures, le limogeage de nombreux fonctionnaires surnuméraires qui avaient été recrutés par la précédente administration sur des critères politiques et à travers la baisse de nombreuses dépenses et subventions publiques...

Le choc, qui était annoncé comme temporaire, a été rude. La fin des importantes subventions à l'électricité, au gaz, à l'essence, dont bénéficiaient tous les Argentins, a provoqué un retour de l'inflation qui rogne le pouvoir d'achat et fait repasser bon nombre d'Argentins sous le seuil de pauvreté. La baisse des dépenses publiques provoque un ralentissement de la croissance (0,4% attendus par la COFACE en 2018 après 2,9% en 2017). La suppression de la fiscalité sur les matières premières à l'export s'est avérée une très mauvaise affaire pour les finances publiques et un nouveau tour de vis a dû être donné aux dépenses de l'Etat… Même si le retour sur les marchés financiers internationaux a été un succès, ce contexte incertain n'a pas favorisé l'investissement, notamment étranger, au niveau escompté (1,3% du PIB tout de même en 2017). L'agitation sociale, la perspective des élections présidentielles d'octobre 2019, les difficultés de son grand voisin et partenaire brésilien ainsi que les menaces sur le commerce international n'ajoutent pas à la sérénité et la visibilité nécessaires aux investisseurs.

Mai 2018 - Le peso dérape

Le succès électoral de la formation de Mauricio Macri aux élections législatives d'octobre 2017 confirme le sentiment que le chemin vers la normalisation et la relance de l'économie argentine prévaut. C'est ainsi un phénomène extérieur qui précipite une mini-crise monétaire à la fin du mois d'avril 2018 : la Banque centrale des Etats-Unis confirme sa politique annoncée de remontée des taux d'intérêts, dans un contexte économique florissant, afin d'éviter une surchauffe de l'économie américaine et de se redonner des marges de manœuvre à la baisse quand la conjoncture se retournera. Conséquence : les placements en dollars sur l'immense dette publique américaine deviennent de plus en plus attractifs et les monnaies des deux grandes économies émergentes les plus fragiles sont frappées des mêmes maux : le peso argentin et la livre turque connaissent une semaine noire, avec une perte de près de 20% de sa valeur en quelques jours pour le peso. Afin de freiner la fuite des capitaux, la banque centrale argentine décide en trois temps de porter ses taux d'intérêts de 30% à 45%. Et le Président Macri annonce qu'il sollicite auprès du FMI une ligne de crédit de 50 milliards de dollars sur trois ans afin de sécuriser le financement de la dette publique argentine.

Le rôle du FMI

La situation se stabilise, au prix d'un ralentissement de l'économie, faute de confiance et face aux nouvelles baisses de dépenses publiques annoncées. Début septembre, nouvelle alerte : Mauricio Macri annonce qu'il va demander au FMI le déblocage anticipé d'une partie de la somme. Il annonce la suppression de 13 ministères sur 23 et le retour d'une taxe sur l'exportation des matières premières agricoles afin de préserver l'objectif de retour à l'équilibre primaire du budget de l'Etat à l'horizon 2020. Pour préserver le peso, la banque centrale annonce que les taux d'intérêt sont portés à 60%.

Quelle Argentine en 2019 ?

L'agitation sociale, face au ralentissement économique, peut-être à une récession facteur de chômage, et face à l'inflation facteur d'appauvrissement, risque de se prolonger dans un pays coutumier de ce phénomène. D'autant plus que le recours au FMI, même si l'institution "n'est plus la même" selon les mots du Chef du Gouvernement Marcos Pena, que celle qui a éreinté le pays au début des années 2000, est particulièrement impopulaire. Pour autant, l'Argentine semble avoir pris des décisions économiques rationnelles et conformes à ses objectifs. Elle bénéficie de la confiance de ses partenaires internationaux et de l'atout que constitue son "expérience", soit sa capacité de résilience économique. L'économie est partiellement dollarisée : l'épargne des Argentins ainsi qu'un certain nombre de transactions importantes en particulier dans l'immobilier se font en dollars. Sur le plan politique, l'adversité au Président Macri n'est pas clairement identifiée sinon sous la forme d'un "kirchnérisme" au bord du gouffre et de la prison. Après une période d'austérité, et sauf important choc externe ou événement imprévisible, les perspectives de moyen terme semblent plutôt favorables.

                                                       Laurent Tranier

                                                       Directeur de la rédaction - www.latinomag.fr

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