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Le livre

Simon Bolivar
La conscience
de l'Amérique

Editions Toute Latitude
192 pp. - 17,80 €
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Les lettres et discours politiques essentiels du Libertador : la porte d'entrée désormais classique dans l'univers de Simon Bolivar et dans la pensée politique contemporaine en Amérique latine. Traduit et présenté par Laurent Tranier.

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Le blog de l'actu de l'Amérique latine, en partenariat avec :
.Les Editions Toute Latitude

11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 06:59

HenriqueCaprilesRadonskiIl y a quelques semaines, nous esquissions un bilan des années Chavez au Venezuela. La mort d'Hugo Chavez, les événements qui l'ont précédée et qui lui succèdent, apportent un éclairage nouveau sur la situation.

La dépendance au pétrole

Au centre de la politique "bolivarienne" se trouvent les missions destinées aux classes populaires, dans tous les domaines : éducation, santé, alimentation, allocations diverses. Si leur efficacité est contestée et leurs résultats contrastés, elles ont apporté un mieux-être matériel indéniable à la partie la plus modeste de la population (le taux de pauvreté est passé de 49% à 27% en 14 ans). Pour autant, cette politique basée sur l'assistanat et la distribution de la rente pétrolière n'ouvre aux plus modestes aucune perspective de sortie de ce qui est souvent considéré comme du clientélisme.

L'économie vénézuélienne est en effet sinistrée : hors du secteur pétrolier, le Venezuela ne produit pratiquement rien. L'instabilité juridique, les nationalisations éclairs, les expropriations, les sanctions contre les entreprises soupçonnées de pratiques déloyales à la révolution chaviste, ont découragé les investisseurs étrangers et désorganisé les entrepreneurs locaux. Le Venezuela importe l'essentiel de ce qu'il consomme, notamment dans le secteur alimentaire, et des pénueries sur les produits de base ne sont pas rares. Quelques indicateurs : 96% des recettes en devises du pays sont issues du secteur pétrolier (le pays est le 4e exportateur mondial et possèderait les plus importantes réserves de la planète) et la dette extérieure est passée, sur la période, de 28 à 130 milliards de dollar (Le Monde du 06/03/2013).

Le pétrole est également le principal instrument de la diplomatie du Venezuela qui le distribue à des conditions avantageuses à ses alliés régionaux (Cuba, Nicaragua, Haïti, République dominicaine, Jamaïque) selon les termes de l'accord Petrocaribe (paiement comptant de 5% à 50% de la facture et crédit à long terme et à bas taux sur le solde).

ChavezDisparuViolence et corruption

Le secteur pétrolier, entièrement nationalisé, gravite autour de la compagnie nationale Petroleos de Venezuela SA (PDVSA) : les bénéfices colossaux réalisés par cette entreprise sont directement transférés aux missions et échappent au contrôle du Parlement. Cette opacité contribue à alimenter une société largement corrompue. De même, le discours radicalement anti-américain d'Hugo Chavez, sa proximité avec tous les dirigeants les moins fréquentables de la planète (les frères Castro à Cuba, l'Iranien Ahmadinejad, le Syrien El Assad, le Biélorusse Loukachenko, etc.), sa violence verbale à l'égard de ses opposants internes et externes, l'arbitraire de sa gouvernance, ont contribué à diviser le pays en deux camps antagonistes : celui de ses amis et celui des "ennemis du Venezuela", des "fascistes", des "porcs" ou des "chiens".

L'inefficacité et la corruption de la police et du système judiciaire ont favorisé le développement des trafics et de la criminalité : le pays serait ainsi, selon l'Observatoire vénézuélien de la violence, au deuxième rang mondial pour le nombre d'homicides, après le Honduras, avec un taux de 73 pour 100 000 habitants en 2012.

Démocratie confisquée

La stratégie d'Hugo Chavez a été d'une part de s'attacher l'affection des classes populaires à travers les "missions" et d'autre part de saturer l'espace médiatique de sa présence. Les chaines de télévision publiques se sont multipliées (de 1 à 7 durant sa présidence) avec obligation de retransmettre sa mythique et interminable émission hebdomadaires Alo Presidente, et contrainte a été faite à l'ensemble des canaux de retransmettre ses allocutions, aussi soudaines que fréquentes. Les médias hostiles, de plus en plus rares, ont progressivement été muselés par la réglementation, les menaces, les sanctions. Sa présence, sa faconde, sa simplicité, son humour, en un mot son charisme ont fait le reste : pour une frange de la population, le président bolivarien est un héros que sa disparition transforme en demi-dieu.

La mobilisation de millions de Vénézuéliens, descendus dans la rue au moment de sa mort, est un phénomène relativement courant, chaque victoire électorale et de nombreuses autres célébrations étant le prétexte à d'immenses défilés. La compagnie PDVSA n'est pas seulement un robinet à dollars pour le régime. Elle est aussi le vivier du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) dont elle assure l'emploi de milliers de membres. En 2002, la compagnie produisait 3,1 millions de barils par jour avec 23 000 salariés. Après que... la moitié de ses effectifs aient été licenciés à la suite d'une grève anti-chaviste, elle en produit aujourd'hui 2,4 millions avec 120 000 salariés ! Des chiffres à l'avenant dans les principales administrations de l'Etat. Autant de troupes militantes faciles à mobiliser chaque fois que le besoin s'en fait sentir...

NicolasMaduroLe 14 avril, Maduro ou Capriles ?

Si toutes les institutions semblent verrouillées, la disparition du chef charismatique ouvre cependant une ère d'incertitudes. L'armée a montré sa solidarité avec le régime et la Cour constitutionnelle a validé le raisonnement sinueux qui a conduit Nicolas Maduro, le Vice-Président et héritier désigné par Chavez lui-même, à devenir Président-candidat jusqu'à l'élection du 14 avril. Les partisans sont mobilisés, les médias officiels assurent le service après-vente avec zèle... Et pourtant, une incertitude demeure : le leadership d'Hugo Chavez a été vivement contesté lors de l'élection présidentielle d'octobre 2012 où son opposant, le jeune et brillant Henrique Capriles Radonski, candidat unique de l'ensemble de l'opposition, a obtenu 44% des voix au second tour dans un contexte défavorable.

Capriles sera l'adversaire de Maduro qu'il accuse "d'utiliser le corps de Chavez pour faire campagne". Il dénonce les mises en scène qui, de la réélection d'un Chavez malade aux cérémonies d'obsèques en passant par le projet d'embaumement, ont été omniprésentes. On peut aussi penser que, le 14 avril, l'émotion de la disparition de Chavez sera quelque peu retombée, que les uns et les autres se rendront compte que Maduro n'est pas Chavez et que le pays aurait bien besoin d'un peu de respiration démocratique. Que Capriles n'est pas le "fasciste" décrit par Maduro, quand il ne le traite pas, avant de présenter des excuses, de "gros pédé". Qu'enfin son projet est de maintenir les missions dans les quartiers pauvres quand elles ont prouvé leur utilité, de lutter contre la délinquance et la criminalité, de relancer l'appareil productif, et de rassembler pour l'apaiser un pays qui en a bien besoin.

Consulter le dossier du Monde sur la succession d'Hugo Chavez. 

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 06:23

Choiseul-ProblemesAmeriqueLatine86.jpgAppuyée sur la formidable rente pétrolière, la "révolution bolivarienne" instituée par Hugo Chavez en 1998 au Venezuela, a cédé la place au "socialisme du XXIe siècle" en 2005. Au-delà des slogans, le numéro 86, Automne 2012, de la revue Problèmes d'Amérique latine, revient sur la réalité des "remaniements de la scène sociopolitique" durant la période chaviste. Autrement dit, quels sont les effets politiques du leadership exercé par Hugo Chavez, entre charisme, populisme et polarisation ? Quelles sont les conséquences de ce régime sur les acteurs institutionnels et quelle est la réalité de la démocratie participative proclamée ? Quels sont les effets des politiques publiques mises en oeuvre à destination des secteurs défavorisés ?

Sur ce dernier point, Natacha Vaisset et Vincent Lapierre essaient de dégager le bilan des "missions", installées parallèlement au système traditionnel dans le domaine de la santé et de l'éducation. D'où il ressort, pour ce qui est de la santé, que le remplacement d'un système assuranciel par un système assistanciel et la "présence de plus de 30 000 médecins cubains exerçant au Venezuela en échange de 115 000 barils de pétrole par jour" n'a pas permis d'infléchissement significatif des principaux indicateurs de santé (mortalité infantile, espérance de vie à la naissance et mortalité maternelle à l'accouchement). En matière scolaire, les résultas sont meilleurs et les progrès dans la lutte contre l'analphabétisme réels, même si "la dimension idéologique conférée à l'activité éducative suscite des inquiétudes".

A lire, le numéro 86 de la revue Problèmes d'Amérique latine - Venezuela : remaniements de la scène sociopolitique.

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 00:33

ChavezBolivar.jpg

La sincérité de l'affection, de l'admiration, de la fascination qu'Hugo Chavez ressent pour Simon Bolivar (1783-1830) ne saurait être mise en doute. Le Président vénézuélien est imprégné, il est inspiré par le Libertador de l'Amérique latine, certainement dans la forme et peut-être sur le fond.

Sur le fond, dans sa pensée politique et dans son action, on ne saurait cependant l'affirmer avec certitude. La pensée de Simon Bolivar a en effet été revendiquée par toute la palette des partis politiques, de droite et de gauche, et célébrée par tous les régimes, du plus démocratique au plus autoritaire. Lors du centenaire de la mort de Simon Bolivar, en 1930, le Libertador est ainsi invoqué en Italie comme l'un des précurseurs du fascisme. Franco sera par la suite représenté comme "l'authentique interprète de sa pensée". Il n'y a que Marx qui rejette sans nuance le Libertador dans la catégorie "sanguinaire". Mais il est vrai qu'il ne connaissait pas bien l'histoire de l'Amérique latine et qu'il ne pouvait imaginer combien de crimes seraient commis au nom de sa propre pensée.

En Bolivar, Hugo Chavez admire l'homme admirable, le grand homme, le héros. Le général victorieux, le conquérant, l'homme d'Etat qui a changé le cours de l'Histoire et redessiné la carte du continent.

En Bolivar, Hugo Chavez admire aussi certaines idées du Libertador, son obsession de la liberté pour les peuples d'Amérique espagnole, son intuition d'une identité latinoaméricaine, l'égalité qu'il proclame en principe entre les hommes de toutes les origines et de toutes les conditions, c'est l'idée de nation. Sa volonté d'unir les peuples au-delà des frontières, son désespoir de ne pas voir émerger d'esprit public, de sens de l'intérêt général au sein des élites du Venezuela ou de Grande-Colombie. L'importance de l'éducation, comme condition de la citoyenneté et donc instrument au service de la liberté.

Il y a peut-être chez Hugo Chavez une admiration excessive, car sans nuances. Une admiration déraisonnable mais certainement pas irraisonnée. Car, pour tous les motifs pour lesquels Hugo Chavez admire Simon Bolivar, et pour d'autres encore, de meilleurs et de moins bons, le Libertador est une figure populaire. Fabuleusement populaire. Et un homme politique, un homme d'Etat souhaitant poursuivre son action au sommet du pouvoir, a besoin de popularité. Et il a intérêt à s'identifier à une telle figure populaire.

"Au fond de mon coeur, depuis des années, j'ai la conviction que Bolivar n'est pas mort de la tuberculose" a déclaré Hugo Chavez en ordonnant, le 16 juillet 2010, que soit ouvert le tombeau de Simon Bolivar au Panthéon national de Caracas, afin qu'il soit procédé à des analyses des restes de son corps. Pour prouver que le Libertador n'est pas mort de la tuberculose, mais assassiné, vaincu au terme d'un lâche complot.

Une mort au combat et une trahison qui le grandiraient. Un complot qui prolongerait le parallèle entre le héros et Chavez, qui se proclame sans cesse victime de basses manoeuvres, menacé par son ennemi nord-américain et ses complices impérialistes.

Il n'y a pas de doute, en réalité, sur le fait que Bolivar soit mort de la tuberculose, ou d'un traitement à base d'arsenic destiné à l'en guérir. Il a échappé à bien trop d'attentats alors qu'il était au pouvoir pour succomber à la première intrigue une fois qu'il l'a quitté. Hugo Chavez ne serait pas le premier responsable politique essayant de réécrire l'histoire dans le sens de ses intérêts. Ceux d'un homme politique souhaitant rassembler le peuple autour de ses figures, d'hier et d'aujourd'hui, quitte à manipuler la démocratie et à trahir son héros ?

 

A lire : Simon Bolivar, la conscience de l'Amérique

Traduit et présenté par Laurent Tranier
Editions Toute Latitude - Collection "Esprit latino" - 192 pp. - 17,80 €

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